Dilettante dans une thébaïde

Le cliquetis des vices

Alice est une jeune fille comme les autres en apparence. Enfin, comme les autres… Elle est tout de même dotée d’une beauté plutôt remarquable. Sa chevelure blonde satinée, ses quelques tâches de rousseur au niveau de son petit nez aquilin, ses lèvres fines qui découvrent un sourire enjôleur, son long cou de ballerine et son corps de mannequin ; ne laissent personne dans l’indifférence lorsqu’on la croise. Mais comme chaque être humain, Alice a ses vices vous savez. Des parents plus ou moins présents, une scolarité sans problème.. Au lycée, Alice était aimé par tous ses camarades, et beaucoup de garçons tombaient sous son charme. Au plus grand damne de ses copines, Alice n’aimait pas ces garçons. Elle était encore dans l’esprit d’une petite fille qui affirme que les garçons « ça pue le caca boudin ». Peut-être à cause d’expériences qui avaient mal tournés ? Sûrement… Malgré son assurance, Alice était fleur bleue, elle voulait absolument trouver son prince charmant. Un qui ne la laisserait pas tombé, qui ne lui ferait jamais de mal, qui lui lirait des poèmes, qui lui chanterait des chansons, qui la dessinerait nue sur un canapé… Mais aucun de ses prétendants n’avaient ce profil d’après elle.

Les parents d’Alice étaient dans une classe sociale qu’on peut considérée comme aisée. Il l’envoyaient souvent dans des camps de vacances, pendant les leur. Les vacances en amoureux c’est sacré ! assurait son père à tout bout de champ. Ça ne dérangeait pas Alice plus que ça. Elle aimait rencontré de nouvelles personnes et faire des activités diverses qu’elle n’avait pas l’habitude de faire dans sa banlieue. Cette année elle partait pour un camp d’équitation et de surf. Et cette idée l’enchantait ! Peut-être que le prince charmant était un surfeur aux yeux azurs ? Ou même un cavalier hors pair ?La veille de son départ, Alice boucla sa grosse valise et rêva de tous ces princes qui l’attendaient dans cette forêt des Landes…

Avant de monter dans le bus, qui l’emmènerait à destination de Mimizan (quel nom barbare pour trouver son prince charmant), Alice repéra une fille susceptible d’être sa compagne de voyage voire son amie pour le mois de juillet. Son regard s’arrêta net sur une fille au cheveu court, un peu enrobée, aux allures sympathiques. Elle s’apprêta à lui parler, lorsqu’elle sentit une sensation bizarre l’envahir.. Ses joues devinrent pourpre et sa gorge s’assécha. Elle bredouilla : « Salut… Moi c’est Alice… Ça te dérange si on se met à côté dans le bus ? ». La fille se mit à rire, « Évidemment, quelle question ! Je m’appelle Maëlle, au fait. » Alice se sentit rassurée. Toutes deux passèrent le trajet à se découvrir des points communs, en rigolant de temps en temps. A un moment, Maëlle s’endormit et sa tête se posa sur l’épaule d’Alice. Elle la regarda avec attention. Maëlle n’était pas ce qu’on peut décrire comme « une fille belle », elle avait du charme c’est vrai, mais elle n’était pas belle. Elle avait les cheveux en bataille, un double menton, des petits yeux en amandes, un grain de beauté à l’arcade… Pourtant, Alice la trouvait belle. Elle aimait son côté innocent et un peu penaud. Elle aimait son petit nez, ses dents du bonheur, sa bouche en cœur, sa crinière brune ainsi que cette mèche qui lui retombait devant les yeux et qu’elle plaçait gracieusement derrière son oreille gauche.

Le mois de juillet passa trop vite aux yeux d’Alice. Elle s’amusait bien dans ce petit village de Mimizan ! En allant à la plage ou au centre équestre, elle n’avait pas une seule fois penser à rencontrer ce prince charmant tant attendu. Son esprit était bien trop occupé à penser à Maëlle, à comment la faire rire, à quel vêtement mettre pour qu’elle le complimente… Durant ces vacances, Alice avait perdu la notion du temps. Elle ne pensait plus à ses parents, ni à ses amies de Neuilly. Avec Maëlle, elle ne s’ennuyait pas. Elle l’admirait pour ses talents de cavalière. (En surf, Alice était meilleure qu’elle). Le soir, elle lui racontait des blagues salaces ou pleine d’humour noire. D’habitude, Alice ne rigole pas à ce genre de blague, qu’elle trouve puérile. Mais même celles qu’elle avait déjà entendues, sortant de la bouche de Maëlle, elle y rigolait grassement. Tout était mieux avec Maëlle.

Une nuit, où Alice faisait croire à Maëlle qu’elle avait fait un cauchemar pour qu’elle l’accueille dans son lit, cette dernière avait demandé à sa camarade :

« - Est ce que tu crois au prince charmant ?

- Bien sûr que non, rétorqua Maëlle, je sais que l’idéal n’existe que dans les films. Et puis même s’il existait, ce serait une utopie.

- C’est quoi une utopie?

- C’est une illusion, un truc que tu pourrais vouloir, sans jamais l’avoir.

- Oh… » Silence.

« - Et si le prince charmant n’était pas un garçon ? lança Alice.

- Tu veux dire un animal ?

- Mais non c’est dégueulasse ! Je veux dire… Une fille, genre une princesse charmante.

- Pourquoi pas. »

Elles restèrent muettes un moment. C’était leur dernière nuit ensemble, demain, elles retourneraient chacune de leur côté. Alice se serra contre Maëlle. Elle s’était endormie. Alice passa un long moment à la regarder respirer dans son sommeille. Maëlle avait bronzée, remarqua-t-elle. Le teint hâlé lui allait si bien. Peu de temps après, Alice s’endormit avec elle.

Le trajet en bus fut morose, les rires se faisaient moins entendre. Lorsqu’elles arrivèrent à Paris, Maëlle tendit une lettre à Alice et lui fit promettre de ne la lire qu’une fois arrivée chez elle. Encore fermée, la lettre était posée sur son lit. Alice n’osait pas l’ouvrir, elle avait peur. Peur que son monde chavire, car elle savait ce qui l’attendait. A l’autre bout de la chambre, elle se rongeait les ongles nerveusement. Après quelques instants, elle s’empressa de l’ouvrir pour y découvrir un poème écrit à la main :

Ô ma radieuse et douce Alice,

Toi qui de ton éclat illumine mes nuits,

Sache que mon cœur d’amour tu fais fondre

Et qu’un seul de tes sourires détruit mon monde.

Tes tendres lèvres me donnent cruellement la fièvre,

Lorsque sur ma bouche elles se posent, dans mes rêves.

Tes paroles je bois, comme à une fontaine,

Tandis que les miennes ne disent qu’une seule chose : je t’aime !

Et je deviens folle, mon esprit lui-même semble souffrir,

En pensant à ces choses que jamais tu ne pourras m’offrir.

A présent, crois en mes paroles éphémères :

Même ton ombre m’est à présent nécessaire.

Maintenant, tu connais mes sentiments.

Je t’envoie ces pensées en tremblant.

Lorsque tu liras ces vers maladroitement écrits

J’espère que tu verras ce qui se cache derrière l’amie.

C’était donc ça, l’amour ? Ce prince charmant tant attendu et idolâtrer s’appelait Maëlle, 16 ans, 1m65 et 60kg ? Dit comme ça, ce n’était pas très attirant. Mais Alice le savait, depuis la première fois qu’elle lui avait parlé. Maëlle n’était pas une fille comme les autres, elle avait ce petit quelque chose en plus que les autres n’ont pas. Mais c’était impossible, elle ne pouvait pas aimer une fille ! Comment l’annoncerait-elle à ses parents ? Et ses amies, que penseront-elles d’elle ? Alice s’effondra sur son lit. Ça ne pouvait pas lui arriver, pas maintenant… Elle n’osa pas reparler à Maëlle après ça. Après tant d’années à le chercher, l’amour véritable l’effrayait.

Il restait un mois de vacance à Alice avant la rentrée. Elle était souvent seule chez elle, comme ses parents travaillaient. Elle ruminait ses idées noires, elle ne voulait pas tomber amoureuse… Pas d’une fille ! Maëlle ne lui envoyait pas de messages et elle ne lui en avait pas envoyé depuis la dernière fois qu’elles s’étaient vues. Et malgré tout, cela la rendait triste. Après quelques semaines, on l’appela sur son portable, c’était son amie Mathilde. Elle organisait une fête et « tu comprends, ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas vues Alice, il faut que tu vois du monde, c’est important pour rester populaire ! » Elle ne voulait pas être populaire, elle n’avait même pas envie de la revoir, cette pimbêche. Mathilde n’était au courant de rien, comme tout le monde. Alice n’avait parlé à personne depuis qu’elle était rentrée. Et aujourd’hui le 14 août, on s’inquiétait enfin pour elle ! Hourra ! Enfin, pour elle, pour sa popularité plutôt… Quelle hypocrisie, pensa Alice.

Le soir même, elle se fit belle. Elle ne savait pas pourquoi, ni pour qui, mais elle le faisait quand même. Elle n’avait pas envie de revoir tous ces gens. Elle ne voulait pas recevoir de compliments de toutes ces filles. Elle ne voulait pas être draguée par ces mecs qui ne s’intéressaient qu’à son physique. Maëlle ne lui avait jamais dit qu’elle était belle. Elle lui disait de temps en temps, qu’elle aimait ses chaussures ou bien son tee-shirt, mais jamais elle ne lui a dit qu’elle était belle. Parce qu’elle s’en fout Maëlle, que tu sois belle ou pas. Et ça lui faisait du bien, que quelqu’un ne la juge pas sur son physique pour une fois. Enfin, ça n’avait pas d’importance… Alice prit son sac à main, et partit chez Mathilde, le cœur lourd et les yeux brillants.

Arrivée à la fête, elle eut droit à tout ce dont elle avait horreur. Il y avait trop de monde, beaucoup de gens qu’elle ne connaissait pas, le petit appartement de Mathilde était plein à craquer. Tout le monde dansait, la musique faisait vibrer les murs, l’alcool coulait à flot… Mais Alice n’avait pas le cœur à faire la fête, elle s’en alla sur le balcon et s’alluma une cigarette. Avant le mois de juillet, sa consommation était d’un paquet de Winston par semaine. Depuis, c’était un paquet par jour. Elle regarda le beau Paris s’endormir à la lueur des lampadaires, et se mit à pleurer, comme ça, d’un coup. Heureusement qu’il n’y a personne, pensa-t-elle. Mais ce fut avant qu’elle ne remarque qu’une bande de garçon était assis là, un peu plus loin. Elle essuya vite ses yeux et renifla un bon coup. Ils étaient trois, et regardaient tous le ciel en rigolant. Ils ne l’avaient même pas remarqué. Alice s’approcha doucement et leur sourit. Ils avaient l’air perchés sur une autre planète qu’elle ne connaissait pas encore. L’un lui tendit une longue clope roulée, Alice se douta qu’il s’agissait d’un joint (ou « pilon » ou « spliff » ou appelait ça comme vous voulez). Elle s’assit avec eux, et commença à tirer lentement dessus. Le goût n’était pas désagréable mais piquer un peu la gorge. Une fumée opaque sortit d’entre ses lèvres. Alice sourit, c’était la première fois qu’elle fumait de la drogue. Et elle trouvait ça sympa. Pendant un instant, elle ne pensait plus à rien, pas même à Maëlle. Elle parla longuement de choses et d’autres avec ces garçons, qui n’avaient pas l’air d’attendre quelque chose d’elle. Théo, Mathis et Julien, tels étaient ils prénommés.

Soudain, la musique s’éteignit, et l’appartement ne faisait plus aucun bruit. Alice regarda l’heure sur sa montre : trois heures du matin. Moment de panique. Alice se souvint qu’elle devait rentrer avant une heure du matin. Elle se précipita pour se lever, et se vit rapidement basculer. Mathis et Julien la rattrapèrent à temps, et Théo (le plus défoncé des trois) lui rétorqua en rigolant : « Bah ouais ma vieille, oublie pas que t’es déchirée » Alice lui lança un « Ta gueule ! » monumental. Elle était totalement paniquée, ses parents la tueraient s’ils se rendaient compte que… En disant ces mots, Mathis la coupa : « D’après ce que tu nous as racontés, tes parents n’ont pas vraiment l’air de se soucier de toi tu sais… » Les deux autres acquiescèrent. Après un moment de réflexion, Alice acquiesça elle aussi. Elle leur demanda alors, ce qu’ils allaient faire maintenant. Ils lui répondirent qu’ils iraient dans leur planque avant de rentrer dormir chez l’un d’eux. La planque, Théo la décrivit, comme l’endroit le plus magique du monde. En réalité, c’était une vieille cabane de jardin dans une propriété abandonnée. Arrivée là bas, Alice découvrit une dizaine de plants de cannabis. L’odeur était très forte, mais pas désagréable. Il y avait quelques posters de Bob Marley et de Che Gevara par ci, et des fat boys (des gros pouf tout mous) par là. Julien sortit une enceinte portable en se posant lourdement sur un des pouf et mit de la musique reggae. Alice n’aimait pas ce genre de musique d’habitude, mais cette fois-ci, elle comprenait les paroles et se sentit mieux grâce à celle-ci. Théo, lui, sortit un assortiments de feuilles à cigares (appelés « blunt ») en braillant « Ce soir, c’est la demoiselle qui choisit ! » Alice effleura les feuilles du doigt, au toucher, elles n’étaient pas vraiment différentes. « Il faut que tu les sentes » dit gentiment Julien. Alice se sentit désolée… Décidément, elle ne s’y connaissant vraiment pas ! Elle choisit celle qui sentait le cassis, car l’odeur lui rappelait la Vitel au même goût de son enfance. Puis, ils fumèrent un, deux, trois, quatre pilons au goût différents. Alice voyait le monde différemment, elle se sentait aspirée par le fat boy où elle était allongée. Sans s’en rendre compte, ils discutèrent toute la nuit de choses plus ou moins personnelles. Théo travaillait en tant qu’ébéniste dans une entreprise, il était champion de BMX, il était vietnamien et avait été adopté à trois ans. Mathis était encore en seconde car il avait redoublé plusieurs fois, à cause de ses insomnies mais depuis qu’il fumait de la weed, ça lui avait passé et il reprenait une scolarité normale, enfin plus ou moins. Julien était dans le même lycée qu’Alice, sa mère était professeure d’anglais et il était sorti une fois avec une fille nommée Charlotte, qui s’était suicidée l’année dernière au mois de janvier. Alice se souvenait de cette fille, qui faisait de la danse avec elle. Elle ne lui parlait pas beaucoup, et sa mort ne l’avait pas touché plus que ça. A ces mots, elle se sentit horrible de ne pas avoir été plus attristée à l’annonce de son décès. Alice leur raconta alors, sa relation avec Maëlle, avec ses parents qui ne s’occupait jamais d’elle, de sa grand-mère qui était morte l’an dernier. Après ça, il y eut un long silence. Le téléphone de Théo sonna, c’était son réveil. Il était six heures du matin, et il devait partir travailler dans une heure. Il s’excusa et partit en courant. Les deux autres garçons se mirent à rire et expliquèrent à Alice, que c’était souvent comme ça mais que heureusement, il ne travaillait que jusqu’à quatorze heure. Alice était interloquée, elle même était surprise d’être restée aussi longtemps éveillée. Elle estima alors que c’était sûrement le temps pour elle aussi de rentrer. Elle embrassa ses nouveaux amis et les remercia pour cette soirée. Mathis lui dit qu’elle pouvait repassée par ici, si elle voulait les voir, car ils y passés tout leur temps. Mais qu’en revanche, elle ne pouvait pas venir accompagnée et qu’elle ne devait pas parler de la planque à qui que ce soit « comme dans Fight Club, tu captes ? ». Alice accepta en les remerciant et reparti chez elle. La planque était à vingt minutes de chez elle, et pour la première fois, elle voyait Paris s’éveillait. Le monde qui s’active petit à petit, les volets des commerçants qui s’ouvrent lentement, les premiers bus vident qui passent… Ce spectacle l’émerveilla. Elle arriva chez elle le sourire aux lèvres. Ces deux parents étaient levés, ils prenaient le petit déjeuner sur la terrasse. Elle s’attendit à se faire sévèrement gronder, mais eu seulement le droit à un bonjour.

« - Vous ne me demandez pas où j’étais ?

- Tu étais chez Mathilde non ? répondit sa mère.

- Non.

- Ah… »

Décidément ses parents ne se souciaient vraiment pas d’elle. Elle monta dans sa chambre en silence et s’y enferma pour le reste de la journée. Les jours suivants, elle se rendait dans la planque. Parfois elle y retrouvait Théo, Mathis et Julien ou juste deux d’entre eux, ou seulement un, et parfois même personne. Dans ces moments là, elle faisait passer le temps en fumant ou en apprenant à rouler. A la fin des vacances, les garçons lui avaient appris plus de choses en moins d’un mois que tous ses profs en un an. D’ailleurs la rentrée approchée à grand pas. Alice pensa au bac qu’elle devait passer, à ses vœux d’orientation qu’elle devrait faire avant la fin de l’année. Bizarrement, elle pensait de moins en moins à Maëlle.

L’année scolaire passa plus vite que prévu. Elle passa moins de temps avec Mathilde et ses anciennes amies. Elle retrouvait Julien et Mathis en dehors des cours pour fumer, et s’était fait par la même occasion de nouveaux amis. Pendant les vacances scolaires, elle passait tout son temps à la planque pour revoir Théo, car c’était le seul qui n’était pas au lycée. Alice eu son bac avec mention très bien et fut reçue à la Sorbonne pour l’année prochaine. A l’annonce de ces résultats, elle se précipita chez elle pour en informer ses parents. Il était midi, sa mère était dans la cuisine en train de préparer des tagliatelles aux trois fromages et son père était sur son ordinateur, pas très loin.

« - Maman, papa, j’ai eu mon bac !!

- C’est très bien ma chérie.

- Tu ne me demandes pas quelle mention j’ai eu ? rétorqua Alice.

- Assez bien, ou bien, je suppose.. répondit son père.

- J’ai eu très bien. répondit-elle sèchement.

- Ah super… Dis moi, pour tes vacances, tu préfères le kayak dans la vallée du Rhône ou le tennis à Nice ? Parce qu’on vient de poser nos vacances avec ta mère et du coup, on voulait réserver avant de partir… Les vacances en amoureux c’est sacré !

- Je ne veux pas partir cette année papa.

- Comment ça tu veux pas partir ? Tu vas pas restée toute seule à la maison pendant un mois !

- C’est bien ce que je fais toute l’année, hurla Alice, vous êtes jamais là et quand vous êtes là, vous préférez parler du prix du vin qui augmente plutôt que de me demander comment s’est passé ma journée ! »

Sur ces mots, elle sortit de la maison en claquant la porte. Elle se dirigea vers la planque où l’attendait Julien, Mathis et Théo. Julien avait eu son bac, avec mention bien et avait été accepté dans une université en Belgique. A cette annonce, tout le monde devint morose. La bande allait être dissoute aussi rapidement qu’elle s’était formée.

« - C’est sûrement le moment où nous devons tous prendre notre vie en main et en faire quelque chose de bien… annonça Mathis.

- Pour ma part, je ne compte pas bouger de Neuilly, j’y ai trouvé du travaille, et vu comme c’est rare maintenant… rétorqua Théo. Mais toi aussi Alice, tu restes sur Paris non ?

- Je ne pense pas, je n’irais pas à la Sorbonne.

- Pourquoi ? demanda Julien

- Je le faisait pour que mes parents soient fières de moi, mais ils s’en foutent, pour changer…

- Qu’est-ce que tu vas faire alors ?

- Je vais partir dans un autre pays. J’ai eu 18 ans le mois dernier, mon compte bancaire est débloqué alors je vais me faire plaisir ! Un genre d’année sabbatique, tu vois.

- Pars en Angleterre, les gens y sont très accueillants et ton anglais est pas trop dégueu d’après ma mère… conseilla Julien

- Ouais pourquoi pas ! »

Pour célébrer leur bac, les amis de Julien et d’Alice décidèrent d’organiser une petite fête à la planque. C’était risqué, mais ils feraient ça en petit comité. Avant de partir à la fête, Alice imprima ses billets pour l’Angleterre et prépara sa valise. Elle partirait le lendemain matin à neuf heures. Elle n’avait pas d’endroits précis où aller. Elle irait sûrement dans une auberge de jeunesse et parcourait l’Angleterre avant de se poser et de trouver un travail. Une fois sa valise bouclée, elle voulu appeler Maëlle. C’était une pulsion, elle ne réfléchissait pas. Elle voulait la prévenir, et avoir elle aussi de ses nouvelles. Elle composa le numéro qu’elle lui avait donner, il y a un an de cela. « Le numéro que vous avez demandé n’est pas attribué », ces mots retentissaient dans le téléphone d’Alice. Elle s’effondra. C’était la pire chose qui pouvait lui arriver. Comment se faisait-il que le numéro qu’elle lui avait donné n’était pas le bon ? Peut-être avait elle changer de téléphone ? Ou même déménager ? Et Alice s’en voulu de ne pas l’avoir appelée avant. « De quelle sottise, de quel orgueil ai je fait preuve ? pensa Alice. Je suis un monstre. » Elle regarda l’heure, et se souvint que ces amis l’attendaient. Elle partit le cœur lourd et les pochons pleins.

La soirée était à son apogée. Il était minuit et demi, ils étaient une dizaine. Ici, il n’était pas question de choper voyez vous, non. Ici, il était question de se mettre bien, dans une autre dimension. Un état second qui fait planer. Alice se mouvait sur la piste de danse improvisé. Elle avait oublié Maëlle. Ses hanches ondulaient, sa tête se balançait de droit à gauche, accompagnée par sa tignasse dorée. D’autres personnes dansaient autour d’elle, sans lui coller au corps. Il y avait Théo qui dansait comme un fou avec deux autres personnes inconnues. Il y avait une fille aussi, rousse au cheveux coupé au carré. Marine ? Marie ? Alice savait son prénom mais l’avait oublié, trop défoncée. Elle lui plaisait bien elle aussi. « Oh et puis merde, au pire je pars demain » pensa-t-elle. Tout en continuant à se mouvoir de manière enjôleuse, elle s’approcha de la rouquine… Elle avait les yeux fermés, elle se laissait emporter par la musique. Elle était belle. Alice s’approcha d’elle et lui demanda si elle avait un copain. Son prénom revint à Alice, elle s’appelait Marion et elle était avec elle dans ses cours de littérature allemande. Marion hocha la tête à la négative. Alice esquissa un sourire. Elle prit la main de Marion et dansa avec elle. Marion ria en gardant les yeux fermés. A quoi peut-on penser quand on voit quelque chose d’aussi beau ? Alice pensait aux goûts de ses lèvres. Son rire était aigu, un peu comme celui d’une fillette jouant à la marelle ou mangeant un roudoudou. Oui, c’était ça. Ses lèvres devaient avoir le goût du roudoudou. Pour en avoir le cœur net, Alice s’approcha furtivement et déposa un baiser sur les lèvres de Marion. Elles avaient le goût du Labelo à la mangue, mais Alice n’était pas déçue. Elle souriait, Marion s’était empourpré et avait arrêté de danser, sûrement parce qu’elle était gênée. Mais elle ne partit pas en courant. Elle regarda Alice timidement, et l’embrassa une nouvelle fois plus fougueusement.

Un bruit se fit entendre, c’était le grincement du portail de la propriété. On arrêta la musique, en se demandant à tout bout de champ si on attendait quelqu’un. Le faisceau de grosses lampes torches apparurent en direction de la cabane de jardin. « MERDE LES FLICS ! » hurla Théo. Et là, c’était chacun pour sa peau. Une vrai anarchie. Julien et Mathis récupèrent leurs pochons ainsi que quelques feuilles de cannabis, à l’arrache. Les autres avaient déjà fuit. Même Alice était parti en laissant derrière elle, Marion et ses lèvres à la mangue. Elle courait en direction de sa rue, sans se retourner. Elle n’avait pas besoin d’avoir des ennuis maintenant ! Dans la nuit, elle se perdit entre les bars et les boîtes de nuits. Elle avait arrêté de courir depuis longtemps, son endurance mit en péril par la fumette. Elle ne reconnaissait plus les rues, ni les avenues. Alors elle marcha, sans trop savoir où elle allait. Lorsqu’elle se sentit fatiguée (vers trois heures du matin), elle demanda sa route à un chauffeur de taxi qui lui proposa de la conduire. Alice n’avait pas d’argent, mais il l’accepta quand même, car « c’est plus agréable de conduire une jolie fille, qu’une bande de mec torchés ! ». Bon, soit. Arrivée chez elle, elle proposa au chauffeur de venir boire quelque chose, ce qu’il refusa gentiment avant de s’en aller. Tant pis pour lui. Alice était contente de cette soirée, ainsi que de partir demain matin. Parfois, il faut quitter les gens qu’on aime pour évoluer, c’est la vie pensa-t-elle. Elle s’en alla dormir pour être en meilleure forme pour le lendemain.

L’avion avait trois heures de retard, Alice buvait son café assise sur l’un des sièges devant l’espace d’embarquement. Un jeune homme avec une barbe de trois jours la dévisageait depuis quelques minutes et elle se sentait rougir. Son regard se perdait un peu n’importe tout, sur le tableau d’embarquement, dans son café, sur son téléphone… Elle n’osa pas lui adresser la parole, après tout, c’était aux hommes de faire le premier pas, quand même ! Un peu de galanterie, s’il vous plaît ! Après une attente interminable, toutes les chansons de l’Ipod écoutées, un livre d’Oscar Wilde relu du début à la fin, l’avion arriva. « Avec un peu de chance, je serais à côté du brun ténébreux » espéra Alice. Manque de bol, ce mystérieux jeune homme était assis trois rangés devant… Tant pis, elle avait mieux à faire et à penser. Elle sortit une carte détaillée des logements étudiants aux alentours de Londres, elle arriverait à seize heures, et espérait bien passer sa première nuit londonienne dans un bed and breakfast. Une fois arrivée en Angleterre, Alice se dirigea vers l’hôtel qu’elle avait choisi. Le soir même, elle sortit faire un tour dans les bars et les boîtes de nuit. Ce monde lui était totalement inconnu. Les jeunes anglais avaient un style totalement décalé mais étaient tout aussi charmants. La jeune femme s’y plaisait bien, les gens prenaient facilement l’initiative de venir lui parler et elle ne s’ennuya pas une seconde.

Durant deux ans, elle écuma les bars et boîtes anglaises, enchaînant les petits boulots de serveuse ou de plongeuse et parfois même de vendeuse dans diverses enseignes. De Londres à Oxford, de Oxford à Bristol, son roadtrips’arrêta à Plymouth, une petite ville côtière aux paysages charmants. Elle s’y plaisait particulièrement, elle avait toujours rêvé d’habiter près de la mer plus jeune. L’auberge de jeunesse était situé à cinq minutes de la plage. Alice aimait s’y rendre pour lire des livres (en anglais, faute de littérature française dans les librairies) ou tout simplement regarder les courageux joggeur qui affronte le vent marin en pleine face. Ce jour là, Alice décida de faire un tour dans le centre, pour acheter quelques bricoles plus ou moins utiles. Elle peut se le permettre, car son petit boulot de fleuriste paye plutôt bien ! Flânant dans les rues, elle tomba sur un petit magasin de savon fait main. L’odeur lui chatouilla les narines, lui rappelant une odeur familière. Celui de la fraise gourmande et sucrée. Et devinez, en pourcentage, quelles étaient ses chances de retomber sur Maëlle ? Au début, Alice pensa rêvé, mais c’était bien elle. C’était bien elle, à ce comptoir blanc, qui vendait quelques morceaux de savon. Alice resta figée, elle l’observa. Maëlle n’avait pas beaucoup grandi, elle s’était affinée, son visage avait mûri. Ses traits étaient devenus plus fins, ces cernes plus marquées aussi. Elle s’appliquait à emballer joliment un savon rose bonbon pour une vieille dame. Lorsque cette dernière sortie, les yeux de Maëlle se posèrent sur Alice, immobile.

« - Alice ! Mais.. Qu’est-ce que tu fous là ?

- Je.. Je suis venue.. parce que ça sentait bon…

- Et t’as senti ça depuis Neuilly ? Quel flaire ! » s’esclaffa Maëlle.

Elle se jeta dans les bras ballants d’Alice, et la serra très fort contre sa poitrine. Alice sentit une larme coulée au creux de son cou, où s’était blottie sa bien aimée. Elle sentit aussi une pression au niveau de son ventre. Maëlle n’avait pas l’air d’avoir grossi pourtant… Lorsque leur étreinte fut terminée, Alice descendit ses yeux vers le ventre de Maëlle. Il était rond, tout rond. Alors, Maëlle la prit par la main et l’amena dans l’arrière boutique et lui raconta son aventure. Ses parents avaient pris la décision de déménager en Angleterre, pour la nouvelle année scolaire. (D’où le changement de numéro de téléphone). Elle vivait donc à Plymouth avec ses parents depuis trois ans. De part l’absence de réponse de la part d’Alice, elle avait beaucoup souffert et perdu confiance en elle. Mais un jour, elle rencontra un jeune libanais qui courrait au bord de la plage. Il l’avait tout de suite séduite avec son sourire charmeur et sa peau bronzée. Cela faisait deux ans qu’ils étaient ensemble, et étaient persuadés l’un comme l’autre d’avoir trouvé l’âme sœur. Maëlle était donc fiancée et enceinte de sept mois. Alice avait les yeux noyés de larme. « Quelle conne, quelle idiote je fais » pensait-elle.

« - Oh ne pleure pas… Toi aussi tu as du te trouver quelqu’un depuis le temps ! Et puis qu’est-ce que tu fais ici encore une fois ? Je veux tout savoir ! »

Maëlle était enthousiaste, elle n’était même pas déçue, elle était même passée à autre chose. Alice se sentait trahie. Elle lui raconta quand même, en séchant ses larmes, comment et pourquoi elle était arrivée jusqu’ici. La sonnette de l’entrée de la boutique retentit et coupa Alice. Il n’y avait pas de doutes, c’était son mari, un grand garçon souriant aux allures exotiques. Maëlle présenta Alice comme une amie d’enfance, et cette dernière préféra se retirer poliment. Elle salua les deux amoureux, et se sauva chez elle. Enroulée dans un plaid, elle renifla. C’était donc ça, avoir un cœur brisé ? Alice se sentait trop fragile trop fleur bleue. Elle sirota devant la fenêtre un thé au jasmin. La mer était agitée aujourd’hui, le ciel était orageux et se mélangeait à la houle levée par le vent. Le souvenir immarcescible du visage de Maëlle était si présent, qu’Alice n’avait plus besoin d’y penser. Elle était là, nitescente. Et cette présence fantomatique lui faisait un mal de chien. Ce soir, c’était décidé elle retrouverait sa thébaïde. Car il faut savoir, que depuis son départ, Alice n’avait pas touché à la drogue. Sûrement parce que son voyage lui prenait tout son temps et qu’elle n’avait plus vraiment les moyens… Elle enfila son trench et parcouru les ruelles les plus glauques de Plymouth. Après une heure et demi à arpenter, elle trouva son lénifiant. Rentrée chez elle, le pilon roulé, elle s’allongea sur son canapé et alluma son lecteur CD. C’était un vieil album de Kid Cudi, celui de sa première soirée, dans sa petite maison en résidence à Neuilly. Ici, seule ou du moins accompagnée par la Sainte Marie-Jeanne, elle se sentait mieux. Cette vie n’avait jamais été pour elle. Elle aurait préféré des parents bohèmes et plus attentionnés, vivant à Cancales en Bretagne. Ou des anciens hippies, avec une petite baraque rafistolée dans la campagne. Malheureusement on ne choisit pas sa vie, ni sa famille. Mais on peut la changer, à partir du moment où l’on est motivé. C’est ce qu’il faut retenir de cette expérience pensa-t-elle.

Vingt et une heure. Alice s’était assoupie et n’avait pas vu le temps passé. Son CD était terminé, toutes les chansons avaient été jouées. Mais la musique qu’elle cru entendre venait de dehors. Par la fenêtre, elle aperçut des lumières colorées au bout du ponton. C’était sûrement une soirée spécial ou événementiel. D’habitude, cette boîte n’était pas si bruyante… L’envie lui prit de s’y rendre… Mais la peur de croiser Maëlle était trop forte. « Après tout, qu’est-ce qu’irait foutre une future maman en boîte de nuit ? » se dit Alice. Sa robe rouge moulante et ses talons vertigineux enfilés, elle se rendit à la soirée. Elle devait décompresser, se relaxer un peu. Elle aussi, avait le droit au bonheur ! Et le bonheur commençait par la fête, mais la défonce suivait. Toute la nuit durant elle dansa, se déchaîna, se déhancha. Certains hommes lui payaient des verres et en échange elle leur payait un joint. Le mélange des deux substances n’étaient pas forcément conseillé, mais Alice s’en fichait. Finie d’être la petite fille politiquement correct ! Ce monde était loin. Le beat de la musique l’emportait encore plus loin et Alice finissait par délirer. Elle monta sur le comptoir et dansa sensuellement devant les regards impatients. Après ça, blackout total.

Alice se réveilla sur une plage, elle ne savait pas trop où d’ailleurs. Il n’y avait plus le ponton et les maisons avaient du bord de mer avaient disparues. Son crâne lui était douloureux. Un étrange goût dans sa bouche l’intrigua. C’était un mélange d’alcool, de vomi sûrement et d’une autre chose qui lui était inconnu. Un courant d’air passa sous sa robe et lui chatouilla le mont de Vénus. Tiens ? Il lui semblait pourtant ne pas avoir oublié ce détail avant de partir… Elle n’avait plus de chaussures d’ailleurs. « Merde alors, une super paire River Island, ça vaut une fortune ces conneries ! » jura-t-elle. (Quand elle décuvait et qu’elle avait la gueule de bois, elle jurait beaucoup) Elle tenta tant bien que mal de se tenir sur ses deux jambes. Quand l’une tenait, l’autre flanchait. Elle n’avait pas de but précis où aller. Elle retrouva ses chaussures un peu plus loin. Un escalier se présenta, elle l’emprunta. Il était fait de vieilles pierres, certaines s’effondraient, un peu comme elle. Une passante qui promenait son berger allemand la dévisagea. Alice avait vraiment l’air penaude, elle faisait presque peine à voir. Son maquillage avait coulé, et ses cheveux étaient tout hirsutes. Elle tituba un moment en pleine rue, le fait d’être sans culotte la gênait un peu. Miraculeusement, elle trouva un arrêt de bus, il y avait un plan. Alléluia ! Elle n’était qu’à quelques kilomètres de chez elle ! Elle n’avait pas beaucoup d’argent sur elle mais cela ferait l’affaire. Son petit appartement l’attendait sagement, son petit lit douillet l’accueilli avec empathie. La nuit avait été rude, Alice méritait un peu de repos. Sa sieste dura la journée entière, et la journée d’après. C’était la première fois de toute son existence, qu’elle avait autant dormi.

Le souvenir de Maëlle obligea Alice a déménager encore une fois. Cette fois-ci, elle navigua jusqu’à Brighton. Le voyage en bateau avait été très agréable, les côtes anglaises, superbes, avaient émerveillées Alice durant tout le trajet. Elle découvrit la ville et ses facettes, en se baladant nuit et jour, pendant la première semaine. En effet, étant sans domicile, Alice fut obligée de vivre dans la rue, au grès du vent. Cette situation était bien différente en Angleterre. Les autres habitants des rues étaient bien plus aimables que certains parisiens aisés. Ils lui proposaient souvent à manger ou une couverture, alors qu’eux même n’avait presque rien. Cette générosité était touchante et réchauffait le cœur d’Alice. Jamais elle n’eut de problèmes, on aurait même pu dire qu’elle avait tout ce dont elle avait besoin. Des amis chaleureux, une vue sur la mer et un petit coin auprès du feu !

L’argent commençait à manquer, le travail n’étant pas très abondant en ces temps là. La vie n’y fut plus si rose. Alice vivait dans un refuge et avait assez d’argent pour manger chaque jour… Mais pendant combien de temps ? Au début, cette vie là lui plaisait, elle se sentait tellement plus libre ! Avec du recul, cette liberté était devenu un calvaire où elle et ses compagnons n’étaient livrés qu’à eux même. L’hiver arriva, et le temps sembla se figer. Alice avait trop froid pour manger, elle n’avait que le cœur à boire. Les amis qu’elles s’étaient fait, la laissèrent petit à petit dans son ivresse. Qui aurait voulu d’une ivrogne comme amie ? Alors, elle se retrouva seule, dans les rues sombres de Brighton. Cette ville pourtant si ensoleillée et lumineuse, était en hiver, synonyme d’enfer. Le vent, le froid, l’humidité et la mer agitée réduisait l’espérance de vie de chaque sans abris.

Ce soir là, elle partit à la recherche du bonheur encore une fois. Elle retira ce qui lui restait d’argent sur son compte. Vingt et un euros et trente six centimes. Assez pour tenir une semaine, pensa-t-elle. Elle n’achetait plus à manger depuis bien longtemps, elle préférait finir sa vie en étant dans un état second. Alice savait qu’elle allait mourir. Quand, et comment étaient les questions qu’elle se posait tout le temps. Elle ne dirait adieu à personne, même pas à ses parents avec qui elle avait perdu tout contact depuis son départ. Pas même à Maëlle, qui avait réussi à construire sa vie sans elle. Alice ne connaîtrait donc pas de happy end. Ses rêves de prince charmant était vain. Depuis son plus jeune âge, elle poursuivait ces chimères et aujourd’hui elle finissait junky.

C'est alors qu'Alice prit la dernière taff de son dernier joint, et dans un halo de fumée, elle s'éteignit.

J’aurais aimé faire partie de ces gens qui occupent une place importante dans ta vie. Être celle à qui tu penses de temps en temps, celle à qui tu vas raconter ta dernière anecdote ou tes projets pour le week end. J’aimerais être cette personne. Je ne sais pas pourquoi je passe après tout le monde. Je suis pas assez bien pour toi ? J’ai pas assez de style, pas assez d’argent, pas assez d’humour ? Je suis pas assez gentille avec toi ? Pourtant, après toutes ces années où je t’ai écouté patiemment, quand tu me racontais tes histoires de coeurs (le plus souvent, brisés) alors que moi je savais ce qu’il te fallait, je savais que j’étais tout ce dont t’avais besoin ! Tu as jamais voulu m’entendre tu m’as fais croire des utopies, comme quoi on se reverrai un jour peut-être… Je veux plus de ces espoirs, je veux plus être assez naïve pour croire tes promesses à la con ! J’ai la haine contre toi, contre le monde entier, contre tout ceux qui nous séparent. Et pourtant tu sais quoi ? Je vais restée calme. Je t’enverrais un message, pour te montrer que je pense à toi, que je souffre un peu aussi. Tu répondras deux jours après, sans même t’excuser. C’est pas grave, tant pis, je te pardonne… Je ne sais même pas pourquoi, je me donne tant de mal. Peut-être parce que j’ai peur de perdre la dernière personne qui tient à moi. Peut-être parce que je t’aime démesurément. Mais je sais que c’est impossible, je sais qu’il y a tant de choses qui nous séparent, qui nous opposent. Tu restes pour moi la petite fille que j’ai connue, pour qui j’avais tant d’administration. J’ai toujours été amoureuse de toi, et ce genre d’amour si passionnel ne s’oublie pas.

Que me reste-t-il, de t’avoir aimée ?

Reste que ma voix, sans écho soudain
Restent que mes doigts, qui n’agrippent rien
Reste que ma peau, qui cherche tes mains
Et surtout la peur, de t’aimer encore
Demain presque mort

De t’avoir aimée, aimée de douleur
À m’en déchirer le ventre et le cœur
Jusqu’à en mourir, jusqu’à m’en damner
Que me reste-t-il, de t’avoir aimée ?

– Charles Aznavour

“Je suis trop méprisable pour être désirable.”

“La Seine est bien noire, bien lente et bien sournoise. Elle chasse. Elle traque les grosses fatigues, les salariés rompus, la gamberge des petits gars sans talent et les questions dans la nuit. Elle repère les manques d’aplomb et les parapets glissants. “Venez, feule-t-elle, venez… Ce n’est que moi… Allons… Nous nous connaissons depuis si longtemps…”
J’imagine son contact froid, les vêtements qui gonflent avant de t’alourdir, le choc, le cri qui te vient, la tétanie… Tout le monde imagine ça, non? Tous les gens qui ont dans leur vie quotidienne un fleuve sous la main ont ce genre de vertiges.”

– La Vie en mieux, Anna Gavalda.

L’amour est doux et brûlant à la fois

Non, je t’ai pas oublié. Je pense toujours à toi, malgré moi. Ton sourire, ta façon de parler, de me dire que je suis stupide. Ça me manques. Mais apparemment, pour toi je ne suis plus rien, même pas un souvenir. C’est drôle, toi qu’y m’avait dit que tu ne m’oublierais jamais, que j’étais une partie de ton bonheur, que c’était grâce à moi que t’étais encore là.. En fait, c’était juste de la connerie poétique. Tout ça, c’était que des paroles en l’air. Si j’avais su.. Je sais que tu pourrais croire que je suis totalement détachée de toi mais en réalité, je pense toujours à toi et j’en souffre énormément. Je repense à nos conversations, quand tu me disais qu’il ne fallait jamais s’attacher virtuellement… Effectivement, j’aurais préféré ne jamais m’attacher à toi mais ça a été plus fort que moi. On dit toujours qu’il ne faut pas s’attacher, parce que ça désespère de voir le nombre de personnes qui nous délaissent. J’en suis bien consciente. Mais avec toi, je pensais que ce serait différent, que tu tiendrais tes promesses pour de bon. C’est une nouvelle déception, car à présent je ne vis qu’avec ça. Je me nourris d’espoir du matin au soir, sans aboutissements certains. Ça me tue de te savoir ailleurs. Je ne sais plus où tu es, ni où tu vis. Tu dois être heureux, entouré comme il faut par des amis. Est ce qu’il t’arrive de penser à moi ? Cette question je me la pose tout le temps. Me donneras tu un jour une réponse ? Je n’en suis pas certaine. Je devrais t’oublier, parce que ce serait meilleure pour ma santé mentale je suppose… Mais tu me connais, masochiste comme je suis, je ne suis pas prête d’y arriver.

Des cernes indélébiles et un coeur un peu trop débile

Tu sais ce que ça fait d’être insulté ? Tu sais ce que ça fait d’être considéré comme un rien ? Un étron à côté de la cuvette des chiottes aurait plus d’importance. Fini la poésie. Ils répétaient : « Sale pute, connasse, chienne, idiote, laideron, putain, grosse, moche, débile, salope » et ces mots tournent encore. Tu vois, tu n’as su que renforcer cette image que j’ai de moi. Pourquoi se fatiguer à être polie, gentille et jolie quand à tes yeux, je ne suis qu’une vulgaire putain ? Je te le demande parce que ma mère crie tous les soirs que je ne lui ressemble pas, à faire ma pute comme cela, et mon daron dans un état trop comateux pour rétorquer, se tait. Alors dis moi toi qui les connaît ? Je ne suis pas assez sage pour ressembler à ma mère, alors je suppose que je ressemble à mon père, tu me diras ! C’est génial, qui aurait envie d’une dépressive droguée ? Personne ! Pourquoi je me sens plus bien ? Pourquoi j’oublie mes rêves et la réalité ? Je fume trop, je bois trop, je baise trop. Je ne suis pas assez bien pour cette société si sage qui camoufle sa moisissure avec de belles femmes politiquement correcte. A ce moment même j’ai envie de crier, que si je ne suis pas assez bien pour vous, je n’ai qu’à m’en aller. Exiles toi au Pérou ! Pars en Alaska ! Mais surtout, ne reviens jamais. On t’insulte parce qu’on t’aime pas comme tu es. On te voudrait un peu plus bonne, un peu plus conne, parce que ouais l’intelligence ça fait trop de trou dans les fauteuils de l’État.. Madame a ses belles jambes, encerclés de bas résilles qui ne saurait tarder de tomber ou de craquer car la violence est humaine mes amis. Et un jour ou l’autre on finit par exploser de manière tellement énorme qu’on en meurt sûrement voir même certainement. Quand je pose mes doigts sur ce clavier, que les notes du piano résonnent, je me sens bien. J’oublie la vie, je t’oublie toi, comme quand je fume un joint. Ah la drogue, et ses bienfaits pas si bon. Un pet, deux pet, trois pet… Je me perds dans ta fumée, je souris parce que je suis consternée. Les étoiles semblent loin, mais le ciel paraît si près. Je n’ai plus d’encre pour écrire des mots assez doux, j’utilise une plume coupante et violente. Bipolarité peut être ? Je n’en sais trop rien. Le mal au coeur si tu savais. Plus jamais ça pour moi, je n’en veux plus. Car même quand j’essaye de partir pour ne plus souffrir, le mal au coeur revient toujours. J’ai des nausées, j’en oublie la réalité et ses méfaits. J’achète ma drogue en espérant de me faire choper pour pouvoir enfin arrêter. Je ne fais que choper dans l’espoir de voir mes sentiments s’estompaient. J’aurais pu devenir quelqu’un de bien… C’est dommage, pour toi et pour moi. Aujourd’hui j’abandonne l’idée. Décidément, un ange gardien ne veille pas sur moi. Tant pis. J’irais rejoindre le diable et ses coulées de lave.

Misanthropie

Bonsoir jeune novice, c’est moi la solitude. Je suis ce sentiment haineux qui t’envahi chaque soir dans ton lit. Ce sentiment qui te rappelle sans cesse que tu es différent, tellement différent que personne ne peut te comprendre. Désastreux n’est-ce pas ? Arrête de pleurer, cela n’arrangera rien. Tu es comme tout le monde, un individu d’un commun mortel qui ne cesse de se plaindre. Allez, sèche tes larmes, dans quelques jours tout sera finis. Tu retrouveras tes amis, ta famille et je m’attaquerais à quelqu’un d’autre. Après tout, n’est-il pas nécessaire d’avoir des relations sociales pour vivre? En effet, sois conscient que ta vie se résume aux personnes avec qui tu vis. Il suffirait d’une seule erreur pour que toute ta vie soit anéantie. Cesse donc de faire tes caprices d’enfant gâté pour un quelconque objet. Lorsque tu seras seul, quand tout le monde oubliera que tu existes, qu’est-ce que tu feras? Tu repenseras au bon vieux temps et tu ne pourras plus vivre comme avant, tu penseras et pleureras. Profites de la vie que tu as aujourd’hui, souris même si tu n’es pas heureux, ris même quand tu n’en as pas envie. Fais en sorte de mourir entouré. Pense au futur au lieu de te souvenir du passé. La nostalgie est mon allié, elle m’aide à m’installer dans ton esprit pour ensuite saccager ton âme. Je créerais en toi une pagaille colossale le temps qu’il faudra pour te faire réfléchir, pour t’abattre comme il faut. Et quand j’aurais finis, une partie de ton âme sera entre mes mains. Tu seras grièvement blessé, les cicatrices que j’aurais générées en toi seront indélébiles. Tu te souviendras de moi toute ta vie, crois-moi. Mais n’en parle à personne sinon je pourrais faiblir. Personne ne connaît mes points faibles. N’essaye pas de les chercher, je n’en ai pas. Ne tente pas de me vaincre non plus, c’est inutile. Je suis si forte, si puissante. Je peux t’emmener dans des mondes que même un auteur de science-fiction ne peut s’imaginer. Des mondes où je suis la seule à pouvoir survivre. Je connais la souffrance, la peine, le tourment et autres tortures psychologiques. En un claquement de doigt, je peux tous te les faire subir, en même temps. Maintenant que tu me connais un peu mieux, profites de ta vie et fais en sorte de ne jamais plus me rencontrer.

J’aimerais être plus cruelle pour faire partie de ce monde qu’est le mien

De nos jours, les gens demandent beaucoup de choses inutiles. Ils veulent tout, tout de suite. Et moi, je veux rendre les gens heureux, je suis prête à tout pour eux. Peu importe qui ils sont, peu importe d’où ils viennent. Ma mission est de les rendre heureux. A chaque fois, j’espère quelque chose en retour, quelque chose même de minime. Ne serait-ce que de l’attention. Un peu de chaleur, un peu de sympathie. Mais à chaque fois, les gens mentent. Ils promettent, ils ne savent faire que ça. C’est vrai que moi aussi je me voile la face à toujours espérer quelque chose d’eux. Mais je ne peux m’en empêcher d’avoir foi en l’humanité. C’est triste à dire, le monde court à sa perte et moi avec. Je descends les montagnes de la vie en tombant et les personnes que j’ai aidées sont déjà en bas. Je suis seule. Mes blessures s’infectent petit à petit, les regrets me hantent. Je ne sais que faire ou penser. Faut-il jouer à ce jeu ? Faut-il arrêter d’être humain pour abandonner tout ce qui nous tient à cœur ? Non, je ne veux pas. Il faut continuer de sourire bêtement et d’aider les gens du mieux qu’on peut. Et pourquoi attendre quelque chose en retour me diriez-vous ? Je vais vous répondre. Parce que tout le monde a besoin d’aide, même moi. J’ai l’impression d’être seule, abandonnée à mon île. C’est tellement difficile de se relever vous savez… Après avoir parcouru tant de choses, tant de peines et de joies. C’est difficile de se dire que tout n’était qu’illusion. Le monde devient hypocrite et moi je subis. Certains diront que je suis trop jeune. Sachez que non. Il n’y a pas d’âge pour la souffrance et la solitude. Beaucoup de jeunes sont seuls et souffrent mais on les empêche de s’exprimer. Le monde est plein de contradictions. J’ai seulement besoin de quelqu’un  pour me sortir de là. Quelqu’un d’omniprésent dans ma vie. Car là est toute l’importance de cette personne. Cette personne, humaine, qui vous soutiendra et vous entraidera. L’aide mutuelle, l’humanité, l’amour, l’amitié… Tout cela est oublié aujourd’hui. Et chaque jour, sachez que des millions de gens souffrent. Et que personne ne les aident. C’est si triste. Pourquoi ? Une question existentielle. Parfois, il vaut mieux ne plus réfléchir, ne plus poser de question, se laisser aller dans le courant. Il faut sauter à l’eau pour tendre la main à son prochain et se laisser couler avec lui. Même si ce dernier est un poisson qui sait nager.

Une aventure outre les sentiments

Il y a des gens qu’on ne mérite pas de rencontrer. J’aurais préféré te rencontrer à un autre moment de ma vie, à un moment sûrement plus facile. J’aurais été plus gentille, plus douce je pense. Je n’aurais pas été apeurée de mon sort, de mon destin. De toute façon, on me l’a toujours dit, on rencontre les bonnes personnes au mauvais moment. J’ai jamais eu de chance pour ça, rencontrer des gens. Mais apparemment le hasard fait bien les choses… Je pense qu’avec toi ce sera différent, que ce sera bien, que ce sera mieux. Je ne dis pas qu’on ira loin, je ne veux pas tirer des plans sur la comète. Après je me fais de fausses idées, je suis déçue et ça me rend encore plus aigrie. Je pense que tu es quelqu’un de spécial. Ça se voit quand tu parles, ça se voit dans tes yeux, t’as quelque chose à dire, t’as quelque chose à donner. Et les gens sont jaloux de ça ! Ils t’en veulent de pouvoir donner autant. Mais moi ça m’inspire, ça me donne envie de vivre, de voir ce que le Monde pourrait nous offrir ! C’est magnifique, moi qui avait peur de l’inconnu et de l’interdit… Tu m’en causera des torts j’en suis sûre, audacieux comme tu es ! Pour ça, je ne t’en veux pas, car je sais aussi que tu m’apporteras autant de bien que de mal. Ce que j’ai peur, c’est que je te change de par mes vices et mes faiblesses. Je ne veux pas nous blesser. Je veux que tout aille au mieux. Que ce qu’on est maintenant reste intacte avec les années qui passent. J’ai peur que l’on se perde. A cause d’un truc bête, à cause de moi parce que je gâche toujours tout. Je ne sais pas m’attacher aux gens, je ne sais pas être amoureuse pourtant j’aimerais ! Mais je me lasse trop vite, j’ai sûrement peur des déceptions. Je ne veux pas être une pauvre fille qu’on a pris pour une conne durant plusieurs mois.. Donc je fais la gueule, je méprise pour me sentir supérieur quitte à ne pas être prise pour une conne, mais à prendre quelqu’un pour un con. C’est un cercle vicieux ! Voilà pourquoi j’ai peur que tu t’attaches à moi ou même pire que tu tombes amoureux. Je veux plus faire de sentiments, ça nous encombre. C’est trop lourd à assumer. Mais ça nous empêchera pas d’être heureux ne t’en fais pas. On a toujours un bon moyen d’être heureux, un truc simple mais un peu vicieux. Mais on s’en fou, ce n’est qu’une aventure. Nous sommes des aventureux mais pas des amoureux.