Dilettante dans une thébaïde

Pas de maux,
Juste un baiser
Dans ton cou
Et sur la joue.

Pas d’amour,
Juste des regrets
D’une vie à deux
Cassée en deux.

Pas de maux,
Juste un baiser
Dans ton cou
Et sur la joue.

Pas d’amour,
Juste des regrets
D’une vie à deux
Cassée en deux.

Savoir donner

J’aurais aimé te dire toutes ces choses que je ne sais pas, toutes ces choses que tu voulais entendre, j’aurais du faire tout ce que tu me disais de faire. Je regrette crois moi. Je t’aurais donné tellement de planètes, tellement d’univers pour te combler. J’aurais tout fait. Mais.. N’ai je pas déjà tout fait ? Ne t’ai je pas assez rendu heureux ? Je t’ai offert le bonheur, une confiance sans limite, de l’amour, oh que oui beaucoup d’amour ! Mais toi, toi… Qu’as tu vraiment remarqué ? As tu vu toutes ces choses que je t’ai donné gratuitement, sans rien attendre en retour ? Je ne pense pas, tu étais trop aveuglé par ta jalousie, par ta vision constante que le monde autour de toi te veux du mal. Et comme d’habitude aujourd’hui c’est toi qui t’en sors. C’est moi qui pleure. Rien n’est jamais facile. Même quand on est celui qui pars. Je ne pensais pas que cela faisait si mal. Toi tu t’en remets bien, je le vois sur ton visage. J’attendais juste un peu de pitié, un peu de reconnaissance. Je pensais que tu m’aimais assez pour me retenir. Tu l’as fais, tu as essayé. Mais par peur de la solitude. Je n’étais qu’une étape. Comment tu peux me faire vivre ça ? Je ne veux plus d’amour déraisonnable, je ne veux plus vivre des moments complices, des moments d’amour, ce n’est plus pour moi. Tout n’était que pour toi. Pourquoi t’as fais ça ? Toujours crier, toujours rabaisser, toujours pleurer. Je suis un monstre, je le sais. Mais le but de l’amour, n’était ce pas de me faire sentir autre que tel ? J’essayais de me sentir bien avec toi. Mais je n’ai pas pu, car ces moments d’irritations me rappelait l’existence de ce monstre qui sommeille en moi. Il vit en moi, il est nourri par mes peurs et mes craintes, il se délecte de mon passé houleux et se précipite sur chaque occasions où il pourrait revivre. Et devine quoi ? Aujourd’hui tu fais parti de ce monstre, félicitations ! Aujourd’hui mon monstre grandit encore et encore, il ne cesse de croître en moi pour me détruire petit à petit. Et pour ça mon gars, je t’emmerde. Je t’ai donné une partie de ma vie, une partie de mon cœur et tout ce que tu as fais c’est l’anéantir de jour en jour. Je ne t’aime plus. Je ne te veux plus. Si un jour je retourne avec toi, ce serait pour te tuer dans ton sommeil. Je suis violente je sais… Mais plus les déceptions s’accumulent, plus je peux le devenir. Ne t’approche plus de moi, n’essaye même plus de me consoler. Je veux juste mourir en paix. A quoi ça sert de vivre si l’on est mal accompagné ? Je n’avais d’yeux que pour toi, et tu m’as noyé dans ta jalousie. J’ai passé une belle partie de ma vie avec toi, je t’en remercie. Mais aujourd’hui tout est finit.

J’ai le mal de toi, j’ai le mal en moi

Arrête toi une minute. Concentre toi sur une seule chose, la première qui te vient à l’esprit. Est-ce que cette chose, cette personne je suppose, te fait sourire ou te fait mal ? Moi elle me brûle. On ressent tous une sensation différente. La mienne est acide, elle me brûle et me ronge. Parfois elle me fait sourire, pour mieux me dévorer par la suite. C’est un souvenir nostalgique. Bouillant. Son acide pétille. Prêt à te sauter dessus au moindre sourire. Ça pique, ça démange, ça ronge. J’en ai assez de ce sentiment. Vraiment. Je veux m’en débarrasser au plus vite. Je vais mourir tu sais ça ? Cela fait quelques années que je me forge que je me construis. Et quand je me vois maintenant… Je me demande encore, qu’ai-je fait ? Pourquoi n’ai-je pas réfléchi ? Merde alors. Toute ces années perdues. Cinq ans à peu de chose près. Cinq ans de ma vie fichu en l’air. Je regarde autour de moi, ce château de carte que j’avais construis de toute pièce, dont j’étais si fière. Un grand coup de vent à souffler dedans. Les cartes se sont envolées, loin par la fenêtre. Je regarde à mes pieds pour voir ce qu’il reste. Quelques cartes, déchirées, éparpillées çà et là. Ça brûle tu sais. Ça me brûle. J’ai cette rage qui m’envahit avec cette tristesse. Je suis divisée. Une partie de moi veut tout casser, tout vider, crier la colère, faire jaillir la violence. Mais de l’autre, je suis une petite fille pleurant sur son sort sans raisonnement, sans défense. Je suis sans défense, tout ce que j’avais c’est envolé. J’ai perdu mon temps. Et maintenant ? Qu’est-ce que je fais ? Je vais attendre là, assise par terre. A regarder ce qu’il me reste.

Moi qui voulait toujours sauver les autres de leurs problèmes, sans rien demander en retour. Je t’avais expliquer ça un jour tu te souviens ? Sur les marches d’un escalier. Je t’avais montrer mes mains et j’avais bougé mes doigts doucement. Je t’avais dis : « Toutes ces vies sont entres mes mains, au bout de mes doigts, je ne peux pas les laisser tombée. » Tu m’avais embrasser en essayant de me raisonner, de me réconforter. « Tu ne peux pas sauver tout le monde Marie, essaye toi même de vivre. Vis ! Parce que tu es en vie, parce que je suis en vie ! Regarde moi, ma vie c’est de la merde, j’ai pas le brevet, ma mère a un cancer et j’ai cette putain de maladie. Mais je vis, je vis au jour le jour. » Désolé. Désolé pour tout ce que je t’ai fais. Excuse moi. Je voulais pas… Je pensais pas que ça irait si loin cette histoire. J’ai tout détruit et tout mis sur tes épaules, parce que t’étais la seule personne qui me restait. Et que je voyais que tu souffrais autant que moi. Et que je ne faisais qu’empirer les choses. Alors je me suis retirée. Je suis partie en te disant adieu. Qu’est ce que je peux faire maintenant ? Je t’ai perdu. Je t’ai perdu alors que tu étais la seule personne qui m’étais restée fidèle jusqu’ici, plus ou moins. J’aurais du accepter ce que tu me donnais. Mais ton amour était insuffisant. Le mien trop puissant. Nous étions compatible. Tu le sais aussi bien que moi. Mais j’ai une fierté donc je ne reviendrais pas m’excuser. Et tu en as une aussi, donc tu ne viendras pas. Tu retrouveras sûrement une autre fille. Moi je serais là à contempler ce que j’ai gâché encore une fois. C’est mon destin, c’est tout. Je n’y peut rien. Si je ne détruis pas, c’est eux qui me détruiront. Parfois, je rêve qu’un jour ils reviennent tous à moi, avec leur sourire et leur histoire d’avant. Qu’on soit tous réunis. Qu’on rigole tous ensemble. Qu’on passe un bon moment, qui durera éternellement.

J’aime son odeur d’homme affirmé. Sûr de lui, jamais en doutes, toujours la tête haute levée. Il n’est pas si musclé, il est même plus beau habillé. Mais ça puissance se fait ressentir dans ses yeux et son sourire d’arnaqueurs. C’est le principe du businessman, spéculer avec les autres non? Il pense pouvoir me contrôler, comme ses actions et ses ventes. Mais avec moi il doute, il doute terriblement. Je le sais parce que je le sens. À force il perd sa force d’esprit affirmé. Je le sens et je le ressens. Avec moi il doute, parce que je suis arrivée comme un cheveu sur la soupe. Il n’a rien vu venir ce con. Il ne connaissait pas puissance d’âme et d’esprit. Car oui, ce petit homme d’affaire tout plein d’ambition est tombé amoureux. Et c’est sûrement la pire chose qui pouvait lui arriver franchement. Il pourra toujours nier ses sentiments, ils seront encore plus fort. Il pourra toujours essayer de s’éloigner d’elle, mais il n’en sera que plus fou. Triste est la vie pour ce garçon qui pensait réussir… Car petit à petit, cette fille lui fera oublier ses principes dans la vie. Peut-être qu’elle le détruira, cette bombe à retardement. Le tic tac des secondes de son heure fatale résonne. Poursuivre des chimères, il saura faire. En revanche, garder les pieds sur terre…

“La dépendance
De l’homme
Est plus difficile à guérir
Que toutes autres drogues”

Le cliquetis des vices

Alice est une jeune fille comme les autres en apparence. Enfin, comme les autres… Elle est tout de même dotée d’une beauté plutôt remarquable. Sa chevelure blonde satinée, ses quelques tâches de rousseur au niveau de son petit nez aquilin, ses lèvres fines qui découvrent un sourire enjôleur, son long cou de ballerine et son corps de mannequin ; ne laissent personne dans l’indifférence lorsqu’on la croise. Mais comme chaque être humain, Alice a ses vices vous savez. Des parents plus ou moins présents, une scolarité sans problème.. Au lycée, Alice était aimé par tous ses camarades, et beaucoup de garçons tombaient sous son charme. Au plus grand damne de ses copines, Alice n’aimait pas ces garçons. Elle était encore dans l’esprit d’une petite fille qui affirme que les garçons « ça pue le caca boudin ». Peut-être à cause d’expériences qui avaient mal tournés ? Sûrement… Malgré son assurance, Alice était fleur bleue, elle voulait absolument trouver son prince charmant. Un qui ne la laisserait pas tombé, qui ne lui ferait jamais de mal, qui lui lirait des poèmes, qui lui chanterait des chansons, qui la dessinerait nue sur un canapé… Mais aucun de ses prétendants n’avaient ce profil d’après elle.

Les parents d’Alice étaient dans une classe sociale qu’on peut considérée comme aisée. Il l’envoyaient souvent dans des camps de vacances, pendant les leur. Les vacances en amoureux c’est sacré ! assurait son père à tout bout de champ. Ça ne dérangeait pas Alice plus que ça. Elle aimait rencontré de nouvelles personnes et faire des activités diverses qu’elle n’avait pas l’habitude de faire dans sa banlieue. Cette année elle partait pour un camp d’équitation et de surf. Et cette idée l’enchantait ! Peut-être que le prince charmant était un surfeur aux yeux azurs ? Ou même un cavalier hors pair ?La veille de son départ, Alice boucla sa grosse valise et rêva de tous ces princes qui l’attendaient dans cette forêt des Landes…

Avant de monter dans le bus, qui l’emmènerait à destination de Mimizan (quel nom barbare pour trouver son prince charmant), Alice repéra une fille susceptible d’être sa compagne de voyage voire son amie pour le mois de juillet. Son regard s’arrêta net sur une fille au cheveu court, un peu enrobée, aux allures sympathiques. Elle s’apprêta à lui parler, lorsqu’elle sentit une sensation bizarre l’envahir.. Ses joues devinrent pourpre et sa gorge s’assécha. Elle bredouilla : « Salut… Moi c’est Alice… Ça te dérange si on se met à côté dans le bus ? ». La fille se mit à rire, « Évidemment, quelle question ! Je m’appelle Maëlle, au fait. » Alice se sentit rassurée. Toutes deux passèrent le trajet à se découvrir des points communs, en rigolant de temps en temps. A un moment, Maëlle s’endormit et sa tête se posa sur l’épaule d’Alice. Elle la regarda avec attention. Maëlle n’était pas ce qu’on peut décrire comme « une fille belle », elle avait du charme c’est vrai, mais elle n’était pas belle. Elle avait les cheveux en bataille, un double menton, des petits yeux en amandes, un grain de beauté à l’arcade… Pourtant, Alice la trouvait belle. Elle aimait son côté innocent et un peu penaud. Elle aimait son petit nez, ses dents du bonheur, sa bouche en cœur, sa crinière brune ainsi que cette mèche qui lui retombait devant les yeux et qu’elle plaçait gracieusement derrière son oreille gauche.

Le mois de juillet passa trop vite aux yeux d’Alice. Elle s’amusait bien dans ce petit village de Mimizan ! En allant à la plage ou au centre équestre, elle n’avait pas une seule fois penser à rencontrer ce prince charmant tant attendu. Son esprit était bien trop occupé à penser à Maëlle, à comment la faire rire, à quel vêtement mettre pour qu’elle le complimente… Durant ces vacances, Alice avait perdu la notion du temps. Elle ne pensait plus à ses parents, ni à ses amies de Neuilly. Avec Maëlle, elle ne s’ennuyait pas. Elle l’admirait pour ses talents de cavalière. (En surf, Alice était meilleure qu’elle). Le soir, elle lui racontait des blagues salaces ou pleine d’humour noire. D’habitude, Alice ne rigole pas à ce genre de blague, qu’elle trouve puérile. Mais même celles qu’elle avait déjà entendues, sortant de la bouche de Maëlle, elle y rigolait grassement. Tout était mieux avec Maëlle.

Une nuit, où Alice faisait croire à Maëlle qu’elle avait fait un cauchemar pour qu’elle l’accueille dans son lit, cette dernière avait demandé à sa camarade :

« - Est ce que tu crois au prince charmant ?

- Bien sûr que non, rétorqua Maëlle, je sais que l’idéal n’existe que dans les films. Et puis même s’il existait, ce serait une utopie.

- C’est quoi une utopie?

- C’est une illusion, un truc que tu pourrais vouloir, sans jamais l’avoir.

- Oh… » Silence.

« - Et si le prince charmant n’était pas un garçon ? lança Alice.

- Tu veux dire un animal ?

- Mais non c’est dégueulasse ! Je veux dire… Une fille, genre une princesse charmante.

- Pourquoi pas. »

Elles restèrent muettes un moment. C’était leur dernière nuit ensemble, demain, elles retourneraient chacune de leur côté. Alice se serra contre Maëlle. Elle s’était endormie. Alice passa un long moment à la regarder respirer dans son sommeille. Maëlle avait bronzée, remarqua-t-elle. Le teint hâlé lui allait si bien. Peu de temps après, Alice s’endormit avec elle.

Le trajet en bus fut morose, les rires se faisaient moins entendre. Lorsqu’elles arrivèrent à Paris, Maëlle tendit une lettre à Alice et lui fit promettre de ne la lire qu’une fois arrivée chez elle. Encore fermée, la lettre était posée sur son lit. Alice n’osait pas l’ouvrir, elle avait peur. Peur que son monde chavire, car elle savait ce qui l’attendait. A l’autre bout de la chambre, elle se rongeait les ongles nerveusement. Après quelques instants, elle s’empressa de l’ouvrir pour y découvrir un poème écrit à la main :

Ô ma radieuse et douce Alice,

Toi qui de ton éclat illumine mes nuits,

Sache que mon cœur d’amour tu fais fondre

Et qu’un seul de tes sourires détruit mon monde.

Tes tendres lèvres me donnent cruellement la fièvre,

Lorsque sur ma bouche elles se posent, dans mes rêves.

Tes paroles je bois, comme à une fontaine,

Tandis que les miennes ne disent qu’une seule chose : je t’aime !

Et je deviens folle, mon esprit lui-même semble souffrir,

En pensant à ces choses que jamais tu ne pourras m’offrir.

A présent, crois en mes paroles éphémères :

Même ton ombre m’est à présent nécessaire.

Maintenant, tu connais mes sentiments.

Je t’envoie ces pensées en tremblant.

Lorsque tu liras ces vers maladroitement écrits

J’espère que tu verras ce qui se cache derrière l’amie.

C’était donc ça, l’amour ? Ce prince charmant tant attendu et idolâtrer s’appelait Maëlle, 16 ans, 1m65 et 60kg ? Dit comme ça, ce n’était pas très attirant. Mais Alice le savait, depuis la première fois qu’elle lui avait parlé. Maëlle n’était pas une fille comme les autres, elle avait ce petit quelque chose en plus que les autres n’ont pas. Mais c’était impossible, elle ne pouvait pas aimer une fille ! Comment l’annoncerait-elle à ses parents ? Et ses amies, que penseront-elles d’elle ? Alice s’effondra sur son lit. Ça ne pouvait pas lui arriver, pas maintenant… Elle n’osa pas reparler à Maëlle après ça. Après tant d’années à le chercher, l’amour véritable l’effrayait.

Il restait un mois de vacance à Alice avant la rentrée. Elle était souvent seule chez elle, comme ses parents travaillaient. Elle ruminait ses idées noires, elle ne voulait pas tomber amoureuse… Pas d’une fille ! Maëlle ne lui envoyait pas de messages et elle ne lui en avait pas envoyé depuis la dernière fois qu’elles s’étaient vues. Et malgré tout, cela la rendait triste. Après quelques semaines, on l’appela sur son portable, c’était son amie Mathilde. Elle organisait une fête et « tu comprends, ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas vues Alice, il faut que tu vois du monde, c’est important pour rester populaire ! » Elle ne voulait pas être populaire, elle n’avait même pas envie de la revoir, cette pimbêche. Mathilde n’était au courant de rien, comme tout le monde. Alice n’avait parlé à personne depuis qu’elle était rentrée. Et aujourd’hui le 14 août, on s’inquiétait enfin pour elle ! Hourra ! Enfin, pour elle, pour sa popularité plutôt… Quelle hypocrisie, pensa Alice.

Le soir même, elle se fit belle. Elle ne savait pas pourquoi, ni pour qui, mais elle le faisait quand même. Elle n’avait pas envie de revoir tous ces gens. Elle ne voulait pas recevoir de compliments de toutes ces filles. Elle ne voulait pas être draguée par ces mecs qui ne s’intéressaient qu’à son physique. Maëlle ne lui avait jamais dit qu’elle était belle. Elle lui disait de temps en temps, qu’elle aimait ses chaussures ou bien son tee-shirt, mais jamais elle ne lui a dit qu’elle était belle. Parce qu’elle s’en fout Maëlle, que tu sois belle ou pas. Et ça lui faisait du bien, que quelqu’un ne la juge pas sur son physique pour une fois. Enfin, ça n’avait pas d’importance… Alice prit son sac à main, et partit chez Mathilde, le cœur lourd et les yeux brillants.

Arrivée à la fête, elle eut droit à tout ce dont elle avait horreur. Il y avait trop de monde, beaucoup de gens qu’elle ne connaissait pas, le petit appartement de Mathilde était plein à craquer. Tout le monde dansait, la musique faisait vibrer les murs, l’alcool coulait à flot… Mais Alice n’avait pas le cœur à faire la fête, elle s’en alla sur le balcon et s’alluma une cigarette. Avant le mois de juillet, sa consommation était d’un paquet de Winston par semaine. Depuis, c’était un paquet par jour. Elle regarda le beau Paris s’endormir à la lueur des lampadaires, et se mit à pleurer, comme ça, d’un coup. Heureusement qu’il n’y a personne, pensa-t-elle. Mais ce fut avant qu’elle ne remarque qu’une bande de garçon était assis là, un peu plus loin. Elle essuya vite ses yeux et renifla un bon coup. Ils étaient trois, et regardaient tous le ciel en rigolant. Ils ne l’avaient même pas remarqué. Alice s’approcha doucement et leur sourit. Ils avaient l’air perchés sur une autre planète qu’elle ne connaissait pas encore. L’un lui tendit une longue clope roulée, Alice se douta qu’il s’agissait d’un joint (ou « pilon » ou « spliff » ou appelait ça comme vous voulez). Elle s’assit avec eux, et commença à tirer lentement dessus. Le goût n’était pas désagréable mais piquer un peu la gorge. Une fumée opaque sortit d’entre ses lèvres. Alice sourit, c’était la première fois qu’elle fumait de la drogue. Et elle trouvait ça sympa. Pendant un instant, elle ne pensait plus à rien, pas même à Maëlle. Elle parla longuement de choses et d’autres avec ces garçons, qui n’avaient pas l’air d’attendre quelque chose d’elle. Théo, Mathis et Julien, tels étaient ils prénommés.

Soudain, la musique s’éteignit, et l’appartement ne faisait plus aucun bruit. Alice regarda l’heure sur sa montre : trois heures du matin. Moment de panique. Alice se souvint qu’elle devait rentrer avant une heure du matin. Elle se précipita pour se lever, et se vit rapidement basculer. Mathis et Julien la rattrapèrent à temps, et Théo (le plus défoncé des trois) lui rétorqua en rigolant : « Bah ouais ma vieille, oublie pas que t’es déchirée » Alice lui lança un « Ta gueule ! » monumental. Elle était totalement paniquée, ses parents la tueraient s’ils se rendaient compte que… En disant ces mots, Mathis la coupa : « D’après ce que tu nous as racontés, tes parents n’ont pas vraiment l’air de se soucier de toi tu sais… » Les deux autres acquiescèrent. Après un moment de réflexion, Alice acquiesça elle aussi. Elle leur demanda alors, ce qu’ils allaient faire maintenant. Ils lui répondirent qu’ils iraient dans leur planque avant de rentrer dormir chez l’un d’eux. La planque, Théo la décrivit, comme l’endroit le plus magique du monde. En réalité, c’était une vieille cabane de jardin dans une propriété abandonnée. Arrivée là bas, Alice découvrit une dizaine de plants de cannabis. L’odeur était très forte, mais pas désagréable. Il y avait quelques posters de Bob Marley et de Che Gevara par ci, et des fat boys (des gros pouf tout mous) par là. Julien sortit une enceinte portable en se posant lourdement sur un des pouf et mit de la musique reggae. Alice n’aimait pas ce genre de musique d’habitude, mais cette fois-ci, elle comprenait les paroles et se sentit mieux grâce à celle-ci. Théo, lui, sortit un assortiments de feuilles à cigares (appelés « blunt ») en braillant « Ce soir, c’est la demoiselle qui choisit ! » Alice effleura les feuilles du doigt, au toucher, elles n’étaient pas vraiment différentes. « Il faut que tu les sentes » dit gentiment Julien. Alice se sentit désolée… Décidément, elle ne s’y connaissant vraiment pas ! Elle choisit celle qui sentait le cassis, car l’odeur lui rappelait la Vitel au même goût de son enfance. Puis, ils fumèrent un, deux, trois, quatre pilons au goût différents. Alice voyait le monde différemment, elle se sentait aspirée par le fat boy où elle était allongée. Sans s’en rendre compte, ils discutèrent toute la nuit de choses plus ou moins personnelles. Théo travaillait en tant qu’ébéniste dans une entreprise, il était champion de BMX, il était vietnamien et avait été adopté à trois ans. Mathis était encore en seconde car il avait redoublé plusieurs fois, à cause de ses insomnies mais depuis qu’il fumait de la weed, ça lui avait passé et il reprenait une scolarité normale, enfin plus ou moins. Julien était dans le même lycée qu’Alice, sa mère était professeure d’anglais et il était sorti une fois avec une fille nommée Charlotte, qui s’était suicidée l’année dernière au mois de janvier. Alice se souvenait de cette fille, qui faisait de la danse avec elle. Elle ne lui parlait pas beaucoup, et sa mort ne l’avait pas touché plus que ça. A ces mots, elle se sentit horrible de ne pas avoir été plus attristée à l’annonce de son décès. Alice leur raconta alors, sa relation avec Maëlle, avec ses parents qui ne s’occupait jamais d’elle, de sa grand-mère qui était morte l’an dernier. Après ça, il y eut un long silence. Le téléphone de Théo sonna, c’était son réveil. Il était six heures du matin, et il devait partir travailler dans une heure. Il s’excusa et partit en courant. Les deux autres garçons se mirent à rire et expliquèrent à Alice, que c’était souvent comme ça mais que heureusement, il ne travaillait que jusqu’à quatorze heure. Alice était interloquée, elle même était surprise d’être restée aussi longtemps éveillée. Elle estima alors que c’était sûrement le temps pour elle aussi de rentrer. Elle embrassa ses nouveaux amis et les remercia pour cette soirée. Mathis lui dit qu’elle pouvait repassée par ici, si elle voulait les voir, car ils y passés tout leur temps. Mais qu’en revanche, elle ne pouvait pas venir accompagnée et qu’elle ne devait pas parler de la planque à qui que ce soit « comme dans Fight Club, tu captes ? ». Alice accepta en les remerciant et reparti chez elle. La planque était à vingt minutes de chez elle, et pour la première fois, elle voyait Paris s’éveillait. Le monde qui s’active petit à petit, les volets des commerçants qui s’ouvrent lentement, les premiers bus vident qui passent… Ce spectacle l’émerveilla. Elle arriva chez elle le sourire aux lèvres. Ces deux parents étaient levés, ils prenaient le petit déjeuner sur la terrasse. Elle s’attendit à se faire sévèrement gronder, mais eu seulement le droit à un bonjour.

« - Vous ne me demandez pas où j’étais ?

- Tu étais chez Mathilde non ? répondit sa mère.

- Non.

- Ah… »

Décidément ses parents ne se souciaient vraiment pas d’elle. Elle monta dans sa chambre en silence et s’y enferma pour le reste de la journée. Les jours suivants, elle se rendait dans la planque. Parfois elle y retrouvait Théo, Mathis et Julien ou juste deux d’entre eux, ou seulement un, et parfois même personne. Dans ces moments là, elle faisait passer le temps en fumant ou en apprenant à rouler. A la fin des vacances, les garçons lui avaient appris plus de choses en moins d’un mois que tous ses profs en un an. D’ailleurs la rentrée approchée à grand pas. Alice pensa au bac qu’elle devait passer, à ses vœux d’orientation qu’elle devrait faire avant la fin de l’année. Bizarrement, elle pensait de moins en moins à Maëlle.

L’année scolaire passa plus vite que prévu. Elle passa moins de temps avec Mathilde et ses anciennes amies. Elle retrouvait Julien et Mathis en dehors des cours pour fumer, et s’était fait par la même occasion de nouveaux amis. Pendant les vacances scolaires, elle passait tout son temps à la planque pour revoir Théo, car c’était le seul qui n’était pas au lycée. Alice eu son bac avec mention très bien et fut reçue à la Sorbonne pour l’année prochaine. A l’annonce de ces résultats, elle se précipita chez elle pour en informer ses parents. Il était midi, sa mère était dans la cuisine en train de préparer des tagliatelles aux trois fromages et son père était sur son ordinateur, pas très loin.

« - Maman, papa, j’ai eu mon bac !!

- C’est très bien ma chérie.

- Tu ne me demandes pas quelle mention j’ai eu ? rétorqua Alice.

- Assez bien, ou bien, je suppose.. répondit son père.

- J’ai eu très bien. répondit-elle sèchement.

- Ah super… Dis moi, pour tes vacances, tu préfères le kayak dans la vallée du Rhône ou le tennis à Nice ? Parce qu’on vient de poser nos vacances avec ta mère et du coup, on voulait réserver avant de partir… Les vacances en amoureux c’est sacré !

- Je ne veux pas partir cette année papa.

- Comment ça tu veux pas partir ? Tu vas pas restée toute seule à la maison pendant un mois !

- C’est bien ce que je fais toute l’année, hurla Alice, vous êtes jamais là et quand vous êtes là, vous préférez parler du prix du vin qui augmente plutôt que de me demander comment s’est passé ma journée ! »

Sur ces mots, elle sortit de la maison en claquant la porte. Elle se dirigea vers la planque où l’attendait Julien, Mathis et Théo. Julien avait eu son bac, avec mention bien et avait été accepté dans une université en Belgique. A cette annonce, tout le monde devint morose. La bande allait être dissoute aussi rapidement qu’elle s’était formée.

« - C’est sûrement le moment où nous devons tous prendre notre vie en main et en faire quelque chose de bien… annonça Mathis.

- Pour ma part, je ne compte pas bouger de Neuilly, j’y ai trouvé du travaille, et vu comme c’est rare maintenant… rétorqua Théo. Mais toi aussi Alice, tu restes sur Paris non ?

- Je ne pense pas, je n’irais pas à la Sorbonne.

- Pourquoi ? demanda Julien

- Je le faisait pour que mes parents soient fières de moi, mais ils s’en foutent, pour changer…

- Qu’est-ce que tu vas faire alors ?

- Je vais partir dans un autre pays. J’ai eu 18 ans le mois dernier, mon compte bancaire est débloqué alors je vais me faire plaisir ! Un genre d’année sabbatique, tu vois.

- Pars en Angleterre, les gens y sont très accueillants et ton anglais est pas trop dégueu d’après ma mère… conseilla Julien

- Ouais pourquoi pas ! »

Pour célébrer leur bac, les amis de Julien et d’Alice décidèrent d’organiser une petite fête à la planque. C’était risqué, mais ils feraient ça en petit comité. Avant de partir à la fête, Alice imprima ses billets pour l’Angleterre et prépara sa valise. Elle partirait le lendemain matin à neuf heures. Elle n’avait pas d’endroits précis où aller. Elle irait sûrement dans une auberge de jeunesse et parcourait l’Angleterre avant de se poser et de trouver un travail. Une fois sa valise bouclée, elle voulu appeler Maëlle. C’était une pulsion, elle ne réfléchissait pas. Elle voulait la prévenir, et avoir elle aussi de ses nouvelles. Elle composa le numéro qu’elle lui avait donner, il y a un an de cela. « Le numéro que vous avez demandé n’est pas attribué », ces mots retentissaient dans le téléphone d’Alice. Elle s’effondra. C’était la pire chose qui pouvait lui arriver. Comment se faisait-il que le numéro qu’elle lui avait donné n’était pas le bon ? Peut-être avait elle changer de téléphone ? Ou même déménager ? Et Alice s’en voulu de ne pas l’avoir appelée avant. « De quelle sottise, de quel orgueil ai je fait preuve ? pensa Alice. Je suis un monstre. » Elle regarda l’heure, et se souvint que ces amis l’attendaient. Elle partit le cœur lourd et les pochons pleins.

La soirée était à son apogée. Il était minuit et demi, ils étaient une dizaine. Ici, il n’était pas question de choper voyez vous, non. Ici, il était question de se mettre bien, dans une autre dimension. Un état second qui fait planer. Alice se mouvait sur la piste de danse improvisé. Elle avait oublié Maëlle. Ses hanches ondulaient, sa tête se balançait de droit à gauche, accompagnée par sa tignasse dorée. D’autres personnes dansaient autour d’elle, sans lui coller au corps. Il y avait Théo qui dansait comme un fou avec deux autres personnes inconnues. Il y avait une fille aussi, rousse au cheveux coupé au carré. Marine ? Marie ? Alice savait son prénom mais l’avait oublié, trop défoncée. Elle lui plaisait bien elle aussi. « Oh et puis merde, au pire je pars demain » pensa-t-elle. Tout en continuant à se mouvoir de manière enjôleuse, elle s’approcha de la rouquine… Elle avait les yeux fermés, elle se laissait emporter par la musique. Elle était belle. Alice s’approcha d’elle et lui demanda si elle avait un copain. Son prénom revint à Alice, elle s’appelait Marion et elle était avec elle dans ses cours de littérature allemande. Marion hocha la tête à la négative. Alice esquissa un sourire. Elle prit la main de Marion et dansa avec elle. Marion ria en gardant les yeux fermés. A quoi peut-on penser quand on voit quelque chose d’aussi beau ? Alice pensait aux goûts de ses lèvres. Son rire était aigu, un peu comme celui d’une fillette jouant à la marelle ou mangeant un roudoudou. Oui, c’était ça. Ses lèvres devaient avoir le goût du roudoudou. Pour en avoir le cœur net, Alice s’approcha furtivement et déposa un baiser sur les lèvres de Marion. Elles avaient le goût du Labelo à la mangue, mais Alice n’était pas déçue. Elle souriait, Marion s’était empourpré et avait arrêté de danser, sûrement parce qu’elle était gênée. Mais elle ne partit pas en courant. Elle regarda Alice timidement, et l’embrassa une nouvelle fois plus fougueusement.

Un bruit se fit entendre, c’était le grincement du portail de la propriété. On arrêta la musique, en se demandant à tout bout de champ si on attendait quelqu’un. Le faisceau de grosses lampes torches apparurent en direction de la cabane de jardin. « MERDE LES FLICS ! » hurla Théo. Et là, c’était chacun pour sa peau. Une vrai anarchie. Julien et Mathis récupèrent leurs pochons ainsi que quelques feuilles de cannabis, à l’arrache. Les autres avaient déjà fuit. Même Alice était parti en laissant derrière elle, Marion et ses lèvres à la mangue. Elle courait en direction de sa rue, sans se retourner. Elle n’avait pas besoin d’avoir des ennuis maintenant ! Dans la nuit, elle se perdit entre les bars et les boîtes de nuits. Elle avait arrêté de courir depuis longtemps, son endurance mit en péril par la fumette. Elle ne reconnaissait plus les rues, ni les avenues. Alors elle marcha, sans trop savoir où elle allait. Lorsqu’elle se sentit fatiguée (vers trois heures du matin), elle demanda sa route à un chauffeur de taxi qui lui proposa de la conduire. Alice n’avait pas d’argent, mais il l’accepta quand même, car « c’est plus agréable de conduire une jolie fille, qu’une bande de mec torchés ! ». Bon, soit. Arrivée chez elle, elle proposa au chauffeur de venir boire quelque chose, ce qu’il refusa gentiment avant de s’en aller. Tant pis pour lui. Alice était contente de cette soirée, ainsi que de partir demain matin. Parfois, il faut quitter les gens qu’on aime pour évoluer, c’est la vie pensa-t-elle. Elle s’en alla dormir pour être en meilleure forme pour le lendemain.

L’avion avait trois heures de retard, Alice buvait son café assise sur l’un des sièges devant l’espace d’embarquement. Un jeune homme avec une barbe de trois jours la dévisageait depuis quelques minutes et elle se sentait rougir. Son regard se perdait un peu n’importe tout, sur le tableau d’embarquement, dans son café, sur son téléphone… Elle n’osa pas lui adresser la parole, après tout, c’était aux hommes de faire le premier pas, quand même ! Un peu de galanterie, s’il vous plaît ! Après une attente interminable, toutes les chansons de l’Ipod écoutées, un livre d’Oscar Wilde relu du début à la fin, l’avion arriva. « Avec un peu de chance, je serais à côté du brun ténébreux » espéra Alice. Manque de bol, ce mystérieux jeune homme était assis trois rangés devant… Tant pis, elle avait mieux à faire et à penser. Elle sortit une carte détaillée des logements étudiants aux alentours de Londres, elle arriverait à seize heures, et espérait bien passer sa première nuit londonienne dans un bed and breakfast. Une fois arrivée en Angleterre, Alice se dirigea vers l’hôtel qu’elle avait choisi. Le soir même, elle sortit faire un tour dans les bars et les boîtes de nuit. Ce monde lui était totalement inconnu. Les jeunes anglais avaient un style totalement décalé mais étaient tout aussi charmants. La jeune femme s’y plaisait bien, les gens prenaient facilement l’initiative de venir lui parler et elle ne s’ennuya pas une seconde.

Durant deux ans, elle écuma les bars et boîtes anglaises, enchaînant les petits boulots de serveuse ou de plongeuse et parfois même de vendeuse dans diverses enseignes. De Londres à Oxford, de Oxford à Bristol, son roadtrips’arrêta à Plymouth, une petite ville côtière aux paysages charmants. Elle s’y plaisait particulièrement, elle avait toujours rêvé d’habiter près de la mer plus jeune. L’auberge de jeunesse était situé à cinq minutes de la plage. Alice aimait s’y rendre pour lire des livres (en anglais, faute de littérature française dans les librairies) ou tout simplement regarder les courageux joggeur qui affronte le vent marin en pleine face. Ce jour là, Alice décida de faire un tour dans le centre, pour acheter quelques bricoles plus ou moins utiles. Elle peut se le permettre, car son petit boulot de fleuriste paye plutôt bien ! Flânant dans les rues, elle tomba sur un petit magasin de savon fait main. L’odeur lui chatouilla les narines, lui rappelant une odeur familière. Celui de la fraise gourmande et sucrée. Et devinez, en pourcentage, quelles étaient ses chances de retomber sur Maëlle ? Au début, Alice pensa rêvé, mais c’était bien elle. C’était bien elle, à ce comptoir blanc, qui vendait quelques morceaux de savon. Alice resta figée, elle l’observa. Maëlle n’avait pas beaucoup grandi, elle s’était affinée, son visage avait mûri. Ses traits étaient devenus plus fins, ces cernes plus marquées aussi. Elle s’appliquait à emballer joliment un savon rose bonbon pour une vieille dame. Lorsque cette dernière sortie, les yeux de Maëlle se posèrent sur Alice, immobile.

« - Alice ! Mais.. Qu’est-ce que tu fous là ?

- Je.. Je suis venue.. parce que ça sentait bon…

- Et t’as senti ça depuis Neuilly ? Quel flaire ! » s’esclaffa Maëlle.

Elle se jeta dans les bras ballants d’Alice, et la serra très fort contre sa poitrine. Alice sentit une larme coulée au creux de son cou, où s’était blottie sa bien aimée. Elle sentit aussi une pression au niveau de son ventre. Maëlle n’avait pas l’air d’avoir grossi pourtant… Lorsque leur étreinte fut terminée, Alice descendit ses yeux vers le ventre de Maëlle. Il était rond, tout rond. Alors, Maëlle la prit par la main et l’amena dans l’arrière boutique et lui raconta son aventure. Ses parents avaient pris la décision de déménager en Angleterre, pour la nouvelle année scolaire. (D’où le changement de numéro de téléphone). Elle vivait donc à Plymouth avec ses parents depuis trois ans. De part l’absence de réponse de la part d’Alice, elle avait beaucoup souffert et perdu confiance en elle. Mais un jour, elle rencontra un jeune libanais qui courrait au bord de la plage. Il l’avait tout de suite séduite avec son sourire charmeur et sa peau bronzée. Cela faisait deux ans qu’ils étaient ensemble, et étaient persuadés l’un comme l’autre d’avoir trouvé l’âme sœur. Maëlle était donc fiancée et enceinte de sept mois. Alice avait les yeux noyés de larme. « Quelle conne, quelle idiote je fais » pensait-elle.

« - Oh ne pleure pas… Toi aussi tu as du te trouver quelqu’un depuis le temps ! Et puis qu’est-ce que tu fais ici encore une fois ? Je veux tout savoir ! »

Maëlle était enthousiaste, elle n’était même pas déçue, elle était même passée à autre chose. Alice se sentait trahie. Elle lui raconta quand même, en séchant ses larmes, comment et pourquoi elle était arrivée jusqu’ici. La sonnette de l’entrée de la boutique retentit et coupa Alice. Il n’y avait pas de doutes, c’était son mari, un grand garçon souriant aux allures exotiques. Maëlle présenta Alice comme une amie d’enfance, et cette dernière préféra se retirer poliment. Elle salua les deux amoureux, et se sauva chez elle. Enroulée dans un plaid, elle renifla. C’était donc ça, avoir un cœur brisé ? Alice se sentait trop fragile trop fleur bleue. Elle sirota devant la fenêtre un thé au jasmin. La mer était agitée aujourd’hui, le ciel était orageux et se mélangeait à la houle levée par le vent. Le souvenir immarcescible du visage de Maëlle était si présent, qu’Alice n’avait plus besoin d’y penser. Elle était là, nitescente. Et cette présence fantomatique lui faisait un mal de chien. Ce soir, c’était décidé elle retrouverait sa thébaïde. Car il faut savoir, que depuis son départ, Alice n’avait pas touché à la drogue. Sûrement parce que son voyage lui prenait tout son temps et qu’elle n’avait plus vraiment les moyens… Elle enfila son trench et parcouru les ruelles les plus glauques de Plymouth. Après une heure et demi à arpenter, elle trouva son lénifiant. Rentrée chez elle, le pilon roulé, elle s’allongea sur son canapé et alluma son lecteur CD. C’était un vieil album de Kid Cudi, celui de sa première soirée, dans sa petite maison en résidence à Neuilly. Ici, seule ou du moins accompagnée par la Sainte Marie-Jeanne, elle se sentait mieux. Cette vie n’avait jamais été pour elle. Elle aurait préféré des parents bohèmes et plus attentionnés, vivant à Cancales en Bretagne. Ou des anciens hippies, avec une petite baraque rafistolée dans la campagne. Malheureusement on ne choisit pas sa vie, ni sa famille. Mais on peut la changer, à partir du moment où l’on est motivé. C’est ce qu’il faut retenir de cette expérience pensa-t-elle.

Vingt et une heure. Alice s’était assoupie et n’avait pas vu le temps passé. Son CD était terminé, toutes les chansons avaient été jouées. Mais la musique qu’elle cru entendre venait de dehors. Par la fenêtre, elle aperçut des lumières colorées au bout du ponton. C’était sûrement une soirée spécial ou événementiel. D’habitude, cette boîte n’était pas si bruyante… L’envie lui prit de s’y rendre… Mais la peur de croiser Maëlle était trop forte. « Après tout, qu’est-ce qu’irait foutre une future maman en boîte de nuit ? » se dit Alice. Sa robe rouge moulante et ses talons vertigineux enfilés, elle se rendit à la soirée. Elle devait décompresser, se relaxer un peu. Elle aussi, avait le droit au bonheur ! Et le bonheur commençait par la fête, mais la défonce suivait. Toute la nuit durant elle dansa, se déchaîna, se déhancha. Certains hommes lui payaient des verres et en échange elle leur payait un joint. Le mélange des deux substances n’étaient pas forcément conseillé, mais Alice s’en fichait. Finie d’être la petite fille politiquement correct ! Ce monde était loin. Le beat de la musique l’emportait encore plus loin et Alice finissait par délirer. Elle monta sur le comptoir et dansa sensuellement devant les regards impatients. Après ça, blackout total.

Alice se réveilla sur une plage, elle ne savait pas trop où d’ailleurs. Il n’y avait plus le ponton et les maisons avaient du bord de mer avaient disparues. Son crâne lui était douloureux. Un étrange goût dans sa bouche l’intrigua. C’était un mélange d’alcool, de vomi sûrement et d’une autre chose qui lui était inconnu. Un courant d’air passa sous sa robe et lui chatouilla le mont de Vénus. Tiens ? Il lui semblait pourtant ne pas avoir oublié ce détail avant de partir… Elle n’avait plus de chaussures d’ailleurs. « Merde alors, une super paire River Island, ça vaut une fortune ces conneries ! » jura-t-elle. (Quand elle décuvait et qu’elle avait la gueule de bois, elle jurait beaucoup) Elle tenta tant bien que mal de se tenir sur ses deux jambes. Quand l’une tenait, l’autre flanchait. Elle n’avait pas de but précis où aller. Elle retrouva ses chaussures un peu plus loin. Un escalier se présenta, elle l’emprunta. Il était fait de vieilles pierres, certaines s’effondraient, un peu comme elle. Une passante qui promenait son berger allemand la dévisagea. Alice avait vraiment l’air penaude, elle faisait presque peine à voir. Son maquillage avait coulé, et ses cheveux étaient tout hirsutes. Elle tituba un moment en pleine rue, le fait d’être sans culotte la gênait un peu. Miraculeusement, elle trouva un arrêt de bus, il y avait un plan. Alléluia ! Elle n’était qu’à quelques kilomètres de chez elle ! Elle n’avait pas beaucoup d’argent sur elle mais cela ferait l’affaire. Son petit appartement l’attendait sagement, son petit lit douillet l’accueilli avec empathie. La nuit avait été rude, Alice méritait un peu de repos. Sa sieste dura la journée entière, et la journée d’après. C’était la première fois de toute son existence, qu’elle avait autant dormi.

Le souvenir de Maëlle obligea Alice a déménager encore une fois. Cette fois-ci, elle navigua jusqu’à Brighton. Le voyage en bateau avait été très agréable, les côtes anglaises, superbes, avaient émerveillées Alice durant tout le trajet. Elle découvrit la ville et ses facettes, en se baladant nuit et jour, pendant la première semaine. En effet, étant sans domicile, Alice fut obligée de vivre dans la rue, au grès du vent. Cette situation était bien différente en Angleterre. Les autres habitants des rues étaient bien plus aimables que certains parisiens aisés. Ils lui proposaient souvent à manger ou une couverture, alors qu’eux même n’avait presque rien. Cette générosité était touchante et réchauffait le cœur d’Alice. Jamais elle n’eut de problèmes, on aurait même pu dire qu’elle avait tout ce dont elle avait besoin. Des amis chaleureux, une vue sur la mer et un petit coin auprès du feu !

L’argent commençait à manquer, le travail n’étant pas très abondant en ces temps là. La vie n’y fut plus si rose. Alice vivait dans un refuge et avait assez d’argent pour manger chaque jour… Mais pendant combien de temps ? Au début, cette vie là lui plaisait, elle se sentait tellement plus libre ! Avec du recul, cette liberté était devenu un calvaire où elle et ses compagnons n’étaient livrés qu’à eux même. L’hiver arriva, et le temps sembla se figer. Alice avait trop froid pour manger, elle n’avait que le cœur à boire. Les amis qu’elles s’étaient fait, la laissèrent petit à petit dans son ivresse. Qui aurait voulu d’une ivrogne comme amie ? Alors, elle se retrouva seule, dans les rues sombres de Brighton. Cette ville pourtant si ensoleillée et lumineuse, était en hiver, synonyme d’enfer. Le vent, le froid, l’humidité et la mer agitée réduisait l’espérance de vie de chaque sans abris.

Ce soir là, elle partit à la recherche du bonheur encore une fois. Elle retira ce qui lui restait d’argent sur son compte. Vingt et un euros et trente six centimes. Assez pour tenir une semaine, pensa-t-elle. Elle n’achetait plus à manger depuis bien longtemps, elle préférait finir sa vie en étant dans un état second. Alice savait qu’elle allait mourir. Quand, et comment étaient les questions qu’elle se posait tout le temps. Elle ne dirait adieu à personne, même pas à ses parents avec qui elle avait perdu tout contact depuis son départ. Pas même à Maëlle, qui avait réussi à construire sa vie sans elle. Alice ne connaîtrait donc pas de happy end. Ses rêves de prince charmant était vain. Depuis son plus jeune âge, elle poursuivait ces chimères et aujourd’hui elle finissait junky.

C'est alors qu'Alice prit la dernière taff de son dernier joint, et dans un halo de fumée, elle s'éteignit.

J’aurais aimé faire partie de ces gens qui occupent une place importante dans ta vie. Être celle à qui tu penses de temps en temps, celle à qui tu vas raconter ta dernière anecdote ou tes projets pour le week end. J’aimerais être cette personne. Je ne sais pas pourquoi je passe après tout le monde. Je suis pas assez bien pour toi ? J’ai pas assez de style, pas assez d’argent, pas assez d’humour ? Je suis pas assez gentille avec toi ? Pourtant, après toutes ces années où je t’ai écouté patiemment, quand tu me racontais tes histoires de coeurs (le plus souvent, brisés) alors que moi je savais ce qu’il te fallait, je savais que j’étais tout ce dont t’avais besoin ! Tu as jamais voulu m’entendre tu m’as fais croire des utopies, comme quoi on se reverrai un jour peut-être… Je veux plus de ces espoirs, je veux plus être assez naïve pour croire tes promesses à la con ! J’ai la haine contre toi, contre le monde entier, contre tout ceux qui nous séparent. Et pourtant tu sais quoi ? Je vais restée calme. Je t’enverrais un message, pour te montrer que je pense à toi, que je souffre un peu aussi. Tu répondras deux jours après, sans même t’excuser. C’est pas grave, tant pis, je te pardonne… Je ne sais même pas pourquoi, je me donne tant de mal. Peut-être parce que j’ai peur de perdre la dernière personne qui tient à moi. Peut-être parce que je t’aime démesurément. Mais je sais que c’est impossible, je sais qu’il y a tant de choses qui nous séparent, qui nous opposent. Tu restes pour moi la petite fille que j’ai connue, pour qui j’avais tant d’administration. J’ai toujours été amoureuse de toi, et ce genre d’amour si passionnel ne s’oublie pas.

Que me reste-t-il, de t’avoir aimée ?

Reste que ma voix, sans écho soudain
Restent que mes doigts, qui n’agrippent rien
Reste que ma peau, qui cherche tes mains
Et surtout la peur, de t’aimer encore
Demain presque mort

De t’avoir aimée, aimée de douleur
À m’en déchirer le ventre et le cœur
Jusqu’à en mourir, jusqu’à m’en damner
Que me reste-t-il, de t’avoir aimée ?

– Charles Aznavour

“Je suis trop méprisable pour être désirable.”

“La Seine est bien noire, bien lente et bien sournoise. Elle chasse. Elle traque les grosses fatigues, les salariés rompus, la gamberge des petits gars sans talent et les questions dans la nuit. Elle repère les manques d’aplomb et les parapets glissants. “Venez, feule-t-elle, venez… Ce n’est que moi… Allons… Nous nous connaissons depuis si longtemps…”
J’imagine son contact froid, les vêtements qui gonflent avant de t’alourdir, le choc, le cri qui te vient, la tétanie… Tout le monde imagine ça, non? Tous les gens qui ont dans leur vie quotidienne un fleuve sous la main ont ce genre de vertiges.”

– La Vie en mieux, Anna Gavalda.